Chronique d'un retard annoncé

Aujourd’hui, le devoir m’appelle à Stockholm.
C’est donc dans la joie et la bonne humeur que je me suis levée plus tôt que nécessaire craignant encore un effet de ma poisse légendaire.

Étrangement, mon RER fut à l’heure et semi-direct en plus !
Quant à mon avion, nul nuage annoncé pour l’instant à l’horizon.
Encore plus étrange, le contrôle de sécurité s’est déroulé sans accroc ! Pas de chaussures à retirer, pas de fouille au corps, et même pas de contrôle d’identité. Serait-ce le second effet KissCool de la classe Premium ?
A moins que je ne doive au contraire avoir quelques craintes pour le voyage retour, inévitable retour de bâton oblige… Tempête de neige clouant l’avion au sol à Stockholm ? Grève (probable) des contrôleurs aériens français en cette future veille de vacances ? Nuage de sauterelles dans le ciel parisien ? Ou même les quatre cavaliers de l’apocalypse ?

C’est alors que je sens poindre en vous, cher ami lecteur, une légitime interrogation : pourquoi cette crainte?

Prenons par exemple mon dernier voyage en avion, où j’ai cumulé les contrariétés.
Rupture de caténaire à l’extrémité sud de la ligne de RER, induisant un retard jusqu’à l’extrémité nord de la ligne (va comprendre…). Conséquence indirecte : train omnibus et temps d’échange voyageurs rallongés pour cause de voitures surchargées.
Ajoutez à cela la navette obligatoire pour se rendre à l’aérogare 2G de Roissy avec barrière bloquée par une voiture.
Et pour finir, contrôle de sécurité avec fouille au corps et choix d’une file où les voyageurs avaient des bagages demandant l’appel d’un spécialiste.
Imaginez mon désarroi alors que, ayant récupéré mon sac et mon manteau, il ne me manquait plus que mes bottes, coincées sur le tapis roulant le temps que l’agent de sécurité analyse le contenu du bagage suivant (ou plutôt que son chef daigne se déplacer pour me le remettre en main propre).
Bref, avec tous ces aléas, je ne me suis présentée devant la porte d’embarquement qu’à 9h55 pour un avion décollant à … 9h55 !!!
Heureusement, quelques chutes de neige tombées à point nommé ont assuré à mon avion le retard suffisant pour que je puisse l’attraper.

Le retour fut fort heureusement plus calme si ce n’est l’inévitable passage au portique de sécurité en chaussettes et la fouille par la vigile de service. Et en Suisse, croyez moi, on ne plaisante pas ! Palpation intégrale et coup d’œil rapide dans le pantalon !

Si seulement ça avait été un cas isolé…

Le week-end dernier, je me suis rendue à Nantes en TGV. A l’aller, 25 min de retard pour cause d’agent de bord absent et de difficulté d’insertion dans le trafic.
Au retour, 40 min de retard pour cause de biche ayant oublié de regarder à droite et à gauche avant de traverser.

Magnanime, je jetterai un voile pudique sur les retards quasi systématiques du Thalys lors de mes trajets mensuels Bruxelles-Paris, ça serait cracher dans la soupe que de souligner à quel point l’ERTMS n’est pas encore au point.

Mais il y a quasi un an, que penser de cet automobiliste aviné glissant sur une plaque de verglas et faisant tomber un morceau de parapet sur la ligne C du RER en coupant totalement le trafic pour deux jours juste quand je devais me rendre à Cahors ?

Ou que dire de cette accumulation de retards ferrés ces cinq dernières années : un sanglier sur la voie et sous le train devant moi, un tempête de neige sur le chemin de Nantes alors qu’il n’y neige qu’une fois tous les 10 ans, une motrice en panne (1h à attendre en gare de Brive, en janvier, sans chauffage !), un conducteur aux abonnés absents (cette fois, je n’étais pas dans le train mais je servais de chauffeur à l’arrivée), des travaux sur la voie, des vols de câbles en cuivre, une coupure d’électricité, une grève des agents de maintenance, … ?
Je pourrais presque faire une collection avec tous ces retards divers et variés.

Il n’empêche… Il faudra un jour que je trouve le saint patron du ferroviaire pour aller faire un pèlerinage ou alors que je change de métier.
Car comment croire en ma mission sacrée de modernisation du réseau ferré si chaque voyage se solde par un retard à l’arrivée ?

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