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Atelier d'écriture - Poudreurs d'escampette - Proposition 89

Nouvelle contribution à l'atelier d'écriture. Cette fois-ci, il s'agit de choisir parmi une liste d'incipits et d'écrire une suite.

Ce fut d'abord une pierre qui tomba à un mètre de son pied.
D'instinct il leva la tête. rien.
Il n'était pas spécialement inquiet de nature mais il avait encore en tête la prédiction que cette diseuse de bonne aventure lui avait fait ce matin.
"Aujourd'hui, par trois fois, la mort te frôlera"
Bien sûr, il ne croyait pas à ces choses là. Il avait haussé les épaules et était parti en ignorant la main qu'elle lui tendait.

Mais maintenant il s'interrogeait... Et si cette pierre était la première des trois fois ?
Il se pencha sur le caillou qui venait de tomber. C'était une pierre lisse et noire, de la taille d'un poing. Avait-il vraiment frôlé la mort ? En tout cas, à un mètre près, Dieu sait quelles auraient été les conséquences !

Toujours la pierre en main, il réfléchissait, troublé.
Et puis tout d'un coup, le déclic se fit. D'où avait-elle pu tomber ? Il sortait juste de chez lui : immeuble de pierre de taille, blanche, la pierre ne pouvait venir de là. Il leva encore la tête. Nul emplacement d'où elle aurait pu choir.
Il réprima un frisson. Avait-elle été... lancée ? Etait-il visé ?!?
Bien sûr, il avait des ennemis mais de là à ...

Rapidement, il s'éloigna, vaguement inquiet mais se refusant à formuler la seule conclusion à laquelle il pouvait arriver. Il hâta le pas, s'éloignant inconsciemment des immeubles.
Et plus il marchait, plus l'angoisse le gagnait. Constamment sur le qui vive, il ne cessait de se retourner sentant sur lui le poids de regards hostiles ou levait la tête pour surprendre un hypothétique lanceur de pierre.

Il scrutait un toit quand il fut tiré de sa rêverie par un vacarme assourdissant. Klaxon hurlant, mains qui l'attrapent et le tirent en arrière, souffle du camion, exclamations des badauds et toute sa vie qui défile en un instant.
S'ensuivit un grand silence semblant durer une éternité.
"Ca va monsieur ? Vous l'avez échappé belle dites donc !"
Peu à peu, il reprit ses esprits. Une fois encore, la mort l'avait frôlé.
Chaque passant y allait de son commentaire, critiquant tour à tour les fous du volants, les camions dans les villes, les piétons inconscients, les pouvoirs publics...
Au milieu du brouhaha, une phrase se détacha :
"Quel fou ce conducteur ! S'il avait voulu vous tuer, il n'aurait pas fait autrement !"

La nausée le prit... Il se sentit défaillir. Bousculant l'attroupement qui s'était formé autour de lui, il s'enfuit aussi vite que possible pour se réfugier dans le premier café s'offrant à lui.

Un whisky pour se remettre de ses émotions, puis un deuxième...
Sa tête bourdonnait, il cherchait en vain à se concentrer pour comprendre. Quelqu'un voulait-il vraiment le tuer ? Et si la voyante disait vrai, quelle serait la troisième tentative ?
Une main sur son épaule le fit sursauter.
"Monsieur ? Monsieur ? Je vais fermer"
Perdu dans ses pensées, il n'avait pas vu le temps passer. Il sentit la panique arriver. Sortir, seul, dans le noir ? ... Mais avait-il vraiment le choix ?

Il rassembla son courage et, prudemment, sorti. S'il avait été dans un état normal, il aurait constaté que la rue était égale à elle même, mais cette nuit elle lui semblait obscure, sinistre et glauque. Il avança, l'oeil et l'oreille aux aguets. Les quelques mètres qui le séparaient de son domicile ne lui avaient jamais semblé aussi longs.
Il distingua une silhouette sombre devant sa porte. Il marqua un temps d'arrêt mais l'envie de savoir fut la plus forte.

Elle était là, au pied de son immeuble, la diseuse de bonne aventure... Il s'approcha davantage et elle l'accueillit avec un sourire édenté faisant sauter une pierre noire dans sa main.
"Alors ? Comment était ta journée ?"
"Vous ? La pierre ? C'était vous ?"
Toujours jouant avec sa pierre, elle tendit l'autre main.
"Ma prédiction... il faut payer... donne moi ce que tu me dois"
Il parti alors dans un grand éclat de rire. Toute la tension accumulée l'après-midi s'en allait. Ainsi ce n'était que cette petite vieille ? Et il avait cru mourir ? Non, vraiment, c'était trop drôle !

Il riait encore quand la pierre le frappa violemment à la tempe.
La diseuse de bonne aventure s'avança jusqu'à lui. Il gisait par terre, un filet de sang coulait sur son visage. Elle se pencha sur lui, fouilla ses poches et en sorti un énorme portefeuille.
Elle lui jeta un dernier regard et parti en trottinant, marmonnant entre ses dents : "Il faut toujours payer"

Lui était toujours inconscient. Dehors il gelait et la neige recommençait à tomber ...

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